Je suis moi, je suis peut-être vous…

Je suis dans le ciel, ou peut-être réincarnée, ou encore dans votre tête, ou simplement dans votre coeur….
J’existe à travers vos croyances désormais, à travers votre mémoire, à travers vos rires et vos larmes…
Mon coeur ne bat plus, et pourtant il est gonflé de tristesse quand je me souviens de ma vie, et de mes derniers instants.
Oui…il ne bat plus, mais sur lui j’ai tant de choses, à propos desquelles je voudrais me confier…
Tout était beau et rose au départ. Vous savez ce que c’est ! Un regard, une parole, une odeur ou un geste… tous nos sens sont en éveil, et puis on tombe petit à petit dans la passion.
J’étais folle amoureuse de cet homme. J’aurais tout fait pour lui. Il était bien plus âgé que moi, mais ne dit-on pas que l’amour n’a pas d’âge ?
Je le trouvais si beau, si mature, si drôle, si… homme. Oui, ce côté viril me plaisait. Il était macho, et je dois dire que j’adorais ça…en tout cas au début.
Et puis sa jalousie s’est faite de plus en plus présente. Je pensais que c’était de l’amour. Il ne voulait pas me partager, voilà tout.
Alors je me suis faite de plus en plus discrète. Je ne voulais pas le mettre en colère.
Car de la colère, il en était rempli. Mais ce n’était pas de sa faute. Il avait eu une enfance difficile, avec un père violent et une mère absente.
Ses paroles se sont faites de plus en plus méprisantes et insultantes. Et puis, sa main a été de plus en plus lourde. Je subissais, la peur au ventre. Il pouvait me ruer de coups, sous prétexte que la table n’était pas encore mise. Il pouvait me ruer de coups, sous prétexte que la table était déjà mise. 
Sauf qu’au fur et à mesure que sa violence grandissait, mon amour, lui, diminuait. Ce qui me retenait, c’était la peur qu’il s’en prenne à nos enfants. Ce qui me poussait à partir, c’était la peur qu’il s’en prenne à nos enfants. J’étais pleine de contradictions, peinant à raisonner sur ce qui pourtant était tellement logique. Je me sentais prisonnière, et j’avais l’impression que quelle que soit ma décision, elle ne serait pas bonne.
Alors je suis restée, tentant d’élever mes enfants dans l’amour et la bienveillance dont il les privait. Et tandis que les coups pleuvaient sur mon corps, j’inondais les joues de mes filles de de mille bisous.
Et puis un jour, ce fut la fois de trop. J’ai décidé de partir, pour protéger ce qu’il y avait de plus cher à mon coeur, la chair de ma chair. Je me suis enfuie de la maison, pendant qu’il était dehors.
La justice ne m’avait pas protégée jusqu’à présent, décrétant que rien ne pouvait être fait, faute de preuve.
J’avais donc décidé de prendre les choses en main, et nous protéger, mes deux enfants et moi.
Je n’avais pas pu changer de ville, faute de moyens, et vivais donc dans la peur quotidienne de le croiser. Je sortais le moins possible, et avais pour projet de quitter cette ville au plus vite.
Mais un jour, tandis que j’étais sortie faire quelques courses avec mes deux filles, j’ai vu ces yeux, posés sur moi. Ces yeux que j’aurais reconnus entre mille…Ses yeux… Ils étaient froids et m’ont glacé le sang. J’ai tout de suite senti que quelques choses allait se passer. Alors j’ai poussé mes filles vers un autre rayon.
Lui s’est avancé vers moi doucement, son regard de plus en plus froid. 
Je tremblais.
Il s’est soudainement jeté sur moi, et m’a étranglée. J’ai tenté d’hurler pour que l’on vienne m’aider. Tout ce que j’ai vu, ce sont mes deux filles, qui étaient revenues dans le rayon en m’entendant.
Je me sentais partir. C’en était fini pour moi. Je le savais. 
Mon dernier regard a été pour mes filles, apeurées et les joues pleines de larmes. Elles étaient si belles, si merveilleuses. Je me sentais mourir, mais c’est surtout toute mon âme que je sentais se déchirer : elles allaient perdre leur mère, leur seul repère ! Elles garderaient à jamais l’image de leur mère, tuée devant elles. Elles seraient traumatisées pour toujours, et je ne serais plus là pour les accompagner dans cette nouvelle épreuve, probablement la plus dure de leur vie. A seulement 4 ans et 7 ans, qu’allaient-elles devenir ? Et tandis que je m’écroulais, je priais pour qu’il ne leur fasse aucun mal. Je les aimais à en mourir ! 
Je suis une femme comme des milliers d’autres, victime de violences conjugales. Je suis Georgette, Nathalie, Aicha ou Joanna. Je suis le 31ème, 58ème, 80ème ou 105ème féminicide en France. Je suis moi, je suis peut-être vous. Et réduite au simple rang de femme, comme si cela équivalait à n’être qu’un nuisible, on a décidé que ma vie n’était pas si importante.
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