Chroniques d’une femme enceinte dans les transports (1)

Afficher l'image d'origine

 

J’ai l’immense joie de vous annoncer que je vais à nouveau donner la vie dans quelques mois (« Quoi ? » « Encore ? » « Tu remets ça direct !? » « Tout est bon pour partir en congés ! » « Déjà que tu prends des demi-journées tous les jours en partant à 17 h pétantes pour ton premier, qu’est-ce que ça va être ? »)…

Oh, toutes mes excuses, c’est un article sur le comportement des gens dans les transports, pas au travail ! Oui parce que être enceinte et prendre les transports en région parisienne, ça vous inspire !

 

Alors, voici pour vous la toute nouvelle émission « vis ma vie de femme enceinte dans les transports ».
Et pour cette première édition, veuillez lire le témoignage de Laura, 29 ans, enceinte de 7 mois couplé à celui de Marie, 32 ans, enceinte de 6 mois.

Il est 7h45 lorsque j’arrive sereinement sur le quai de la gare. Il ne me reste plus que 2 semaines et je serai au repos et pourrai souffler un peu avant de mettre au monde ma merveille.

Je sens tous les regards tournés vers moi. Tous sont bienveillants : des sourires, des hochements de tête… les gens s’écartent et me laissent la place pour circuler allègrement sur le quai malgré la cohue.

Il est 8 h quand j’arrive en sueur sur le quai de la gare. Il me reste encore 2 semaines de boulot à me taper avant que je ne demande à mon médecin de me mettre en arrêt, pour ne plus voir tous ces idiots et me reposer avant de passer mes nuits dans les couches, le vomi et la morve.

Je sens tous les regards tournés vers moi. Tous regardent ce ventre proéminent en se demandant ce que je fous encore ici à occuper leur espace au lieu de rester chez moi. Les gens me bousculent et il m’est (encore plus) difficile de marcher dans ce bazar général.

Une jeune femme m’apostrophe « Madame, venez donc vous asseoir ! Le métro sera là dans 4 minutes, prenez donc le temps de vous poser en l’attendant ».

Je prends donc place sur le siège. Les voyageurs prennent soin de ne pas s’approcher trop près de moi malgré leur empressement pour rejoindre l’autre bout du quai. La femme qui m’a cédé sa place est maintenant en train de me ventiler avec son éventail « Une telle chaleur quand on est enceinte, c’est difficilement supportable » me concède-t-elle.

J’aperçois enfin un siège, mais une jeune femme est assisse dessus. Me rendant compte qu’elle ne me voit pas (ou feint de ne pas me voir), je lui demande si elle peut me laisser sa place.

« Je ne vois pas pourquoi je vous laisserais ma place, moi aussi je suis exténuée figurez-vous ! » me lance-t-elle méchamment. Je lui précise donc, au cas où elle n’aurait pas fait attention à mon énorme ventre, que je suis enceinte et qu’il serait courtois de sa part de ma laisser m’asseoir car je ne me sens pas très bien. Elle refuse, me rappelant sous les regards approbateurs de ceux qui nous entourent, que je suis enceinte, pas malade. Je vire au rouge et capitule tant je suis gênée. Tant pis, je resterai debout.

Le métro arrive enfin, il est bondé. Nous sommes début Septembre, travailleurs et étudiants ont repris joyeusement le chemin des entreprises ou salles de cours.

Je suis située en tête de train, et le chauffeur qui m’aperçoit me propose de monter à l’avant avec lui pour m’éviter d’être bousculée. Je décline poliment l’invitation car déjà 2 femmes enceintes sont à ses côtés. 

Le métro, qui a encore du retard ce matin, arrive enfin après 10 longues minutes à l’attendre debout.

Nous sommes début Septembre, et tout le monde a décidé de revenir de vacances en même temps, et en faisant la gueule en plus !

En passant à mon niveau, le chauffeur me lance un regard et éclate de rire. « Bon courage » me nargue-t-il à travers sa fenêtre.

Je monte donc avec le flots de passagers dans le premier wagon. On a la délicatesse de me laisser passer la première, et je n’ai pas le temps de chercher une place que déjà 5 personnes me proposent la leur. C’est fou comme les gens sont prévenants avec moi !

Je grimpe donc péniblement dans le premier wagon. Les gens regardent mon ventre et détournent directement le regard. J’ai cette étrange impression d’être physiquement soporifique : un coup d’œil en ma direction et instantanément l’on plonge dans un sommeil comateux.  Je n’ose pas demander à m’asseoir, après l’épisode du quai. Je n’ai plus qu’à attendre que le train se décharge pour trouver une place.

Les gens sont collés les uns aux autres. La chaleur est intenable et je le vois aux gouttes de sueurs qui perlent sur le front de chacun. Je m’estime bien heureuse d’être assise près d’une fenêtre.

Je suis collée à d’autres passagers. Quand je dis « collée », c’est au sens propre ! Nous suons tous et nous sommes tellement serrés que j’ai l’impression qu’il va falloir une scie pour nous défaire les uns des autres. Je suis en nage et ne supporte plus cette chaleur. La fenêtre n’est même pas ouverte, et personne ne semble m’entendre lorsque je demande à ce qu’on l’entrouvre un peu.

A chaque arrêt, il y a d’avantage de monde dans la rame du métro. Dieu merci, les gens sont éduqués : ceux qui veulent pénétrer dans le wagon attendent patiemment que ceux qui veulent en sortir soient à l’extérieur, avant de monter dedans de façon ordonnée, sans bousculade.

A chaque arrêt j’ai l’impression de mourir d’avantage. On me pousse, on me tire, on m’écrase, je suis ballotée d’un côté à l’autre sans ménagement. Je me demande dans quel état physique (et psychologique) je vais sortir de là. Les gens se bousculent les uns les autres. On ne laisse pas sortir ceux qui le souhaitent pour être sûrs de pouvoir entrer dans le métro. Le râter semble être la pire chose au monde qui puisse arriver à ces travailleurs si pressés (d’ailleurs je me demande comment on peut avoir hâte d’arriver au travail…mais enfin, ça n’engage que moi).

Je devrais bientôt arriver à destination. Mais je l’avoue, je ne suis pas à plaindre moi qui suis tranquillement assise pendant que les autres usagers transpirants attendent patiemment leur arrêt.

J’ai l’impression que je ne vais jamais arriver, et en plus, je suis complètement à la bourre !

Le wagon s’est vidé, mais aucune place assise ne s’est libérée. Ce sont des jeunes qui sont avachis sur les sièges à côté de moi. Alors je décide de jouer à mon tour. Je frôle de façon légèrement perceptible la tête du premier venu avec mon gros ventre. Le jeune homme lève les yeux vers moi…et tombe irrésistiblement dans un coma.

Ça y est, me voilà à ma station. Les gens se poussent pour me laisser passer et une main se tend même vers moi pour m’aider à descendre la marche séparant le train de la terre ferme. Le voyage, comme d’habitude, s’est bien passé, dans la joie, la bonne humeur et la courtoisie !

Le train vient de s’arrêter brusquement. Me v’la enfin à ma station. Evidemment, je dois jouer des coudes pour réussir à m’extirper du train. Au moment où je passe difficilement devant une mamie, cette dernière me propose sa place. Et finalement, je manque de me casser la figure en descendant sur le quai.

Il est 8h10 quand je sors de la gare. J’ai hâte de commencer cette journée de travail et partager des moments de complicité avec ces collègues qui sont devenus mes amis. Ce soir, je ferai le chemin inverse pour retrouver mon domicile, et cela ne génère chez moi aucune tension !

Il est 9h30 quand je sors en courant (ou roulant) de la gare. J’ai envie d’être partout sauf ici. La journée qui va suivre ne m’enchante pas et écouter les remarques débiles de mes collègues sur la taille de mon ventre ne m’aide pas à relativiser.

Ce soir, je devrai recommencer tout ce chemin, et j’en suis déjà crevée (si on peut être plus fatigué que l’état dans lequel je suis après ce long moment dans les transports).

Oups, on m’informe dans mon oreillette que le témoignage de Laura était bidon. J’apprends à l’instant de source sûre que prendre les transports parisiens sereinement, et d’autant plus lorsque l’on est enceinte ou agé(e), relève du miracle. Aucun témoignage n’a été trouvé en ce sens, et notre stagiaire a cru bon d’en inventer un de toutes pièces.
Je m’excuse donc auprès de toutes ces personnes qui auront vu l’espoir envahir leur cœur…

 

 

Publicités

4 réflexions sur “Chroniques d’une femme enceinte dans les transports (1)

  1. A la fin, je pense que « De Laura » devrait être en vert. Et sinon, je ne sais pas si ça se passe réellement comme ça à Paris mais en province les femmes enceintes sont beaucoup mieux accueillies dans les transports !

    J'aime

    1. Bonjour et merci pour votre commentaire.
      En effet, Laura doit être en vert et j’ai corrigé ! Merci !
      Malheureusement, cela se passe effectivement en partie comme cela dans les transports parisiens.

      Bonne journée et à bientôt sur Rafale de mots !

      J'aime

  2. Bonjour,
    J’ai beaucoup ris (jaune) en lisant votre article car je m’y reconnais à 200%, je prends deux rer chaque matin (et bien sûr mon ventre est visible) et c’est une galère sans nom … en tout cas merci de le raconter avec tant d’humour 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s