Lettre aux victimes du tueur d’Agen

Chers enfants,

Hier, je voulais écrire, mais pour la première fois, je n’ai pas réussi, et ma page est restée tristement blanche.

C’était au meurtrier de vos parents que j’allais m’adresser, mes petits anges. Mais seuls des mots pleins de haine et de violence me venaient à la plume.
Alors, ce matin finalement , j’ai décidé que c’est à vous que j’allais écrire, car des mots de réconfort, vous en méritez un milliard, même s’ils n’effaceront pas votre douleur.

Si c’est à lui que j’avais écrit, je lui aurais demandé pourquoi. Comment a-t-il pu vous faire ça ?
Mais aurait-il eu une réponse censée face à un acte si abjecte ?

Mes chéris, vous et vos parents n’aviez rien demandé; C’était un matin comme tous les autres. Votre jolie maman vous a réveillé en douceur, en vous embrassant le front. Elle vous a chacun longuement regardé, mesurant la chance qu’elle avait d’avoir deux merveilleux fils tels que vous. Elle vous adorait. Vous étiez tout pour elle.

Vous avez un peu fait la moue.  Vous auriez aimé rester plus longtemps au lit. Mais c’était l’heure. La maternelle attendait l’un, la primaire allait accueillir l’autre. Et puis, papa et maman devaient aussi aller chacun au travail.

Votre maman vous a aidé à vous habiller. Tandis que vous faisiez votre toilette, votre père vous préparait votre petit-déjeuner.  Lui aussi vous adorait. Il était chef d’entreprise, et pourtant, il prenait toujours du temps pour vous, car il tenait à vous voir grandir.

Une fois prêts, vous êtes descendus à la cuisine. Votre maman vous a encore longuement pris dans ses bras, vous répétant combien elle vous aimait. Votre papa, quant à lui, attendait son tour pour les embrassades matinales. Vous avez ensuite couru dans ses bras et chahuté tous ensemble,  sous le regard consterné de votre mère. C’était ainsi tous les matins et rien ne laissait présager que ce jour-là serait différent des autres.

Le petit-déjeuner s’est pris en famille. La bonne humeur était au rendez-vous mais votre papa était un peu stressé.
Cela faisait quelques années qu’il n’était plus rassuré  dès que vous mettiez le pied dehors. En effet, il recevait régulièrement des menaces d’un employé,  et malgré les nombreuses plaintes déposées,  la police semblait ne pas y prêter particulièrement attention.

Vous avez ensuite vêtu vos manteaux,  vos parents et vous, parés pour affronter ce froid de Décembre.
Et puis vous êtes sortis pour prendre la voiture. Comme d’habitude,  papa allait conduire,  maman descendrait de la voiture pour vous accompagner à l’école,  pendant que lui l’attendrait, avant qu’ils ne repartent ensemble en direction de leurs boulots respectifs,  situés l’un à côté de l’autre.

Mais vous n’avez pas eu le temps d’entrer dans la voiture familiale.
Vous avez été surpris par une première détonation. Vous avez vu votre maman, la femme la plus chère à votre cœur, s’écrouler à terre.
Et puis une seconde détonation à retenti. Cette fois, c’est votre papa qui était visé.  Le tireur s’est acharné sur lui. Et tandis que votre père s’effondrait à son tour, le monsieur a pris la fuite.

Il n’avait pas l’air tout jeune. Il a regagné péniblement son véhicule et a démarré en trombes, laissant sous vos yeux ébahis les corps sans vie de vos parents.
Personne ne peut imaginer la douleur que vous avez ressentie face à ce spectacle sanglant. Ce vieux monsieur venait de faire de vous des orphelins. Votre jeune vie venait de se briser en quelques minutes seulement.

Vous avez eu la présence d’esprit, malgré votre jeune âge, d’alerter les secours. Le meurtrier de vos parents a été retrouvé le lendemain. Cela faisait longtemps qu’il en voulait à votre papa. Il ne se cachait même pas de vouloir sa mort. Et il a réussi à obtenir ce qui était devenu pour lui une obsession.

Mes chéris, je vous écris en tant que maman d’un petit garçon d’un an. Vous savez, depuis que j’ai donné la vie, ma conception de la mort n’est plus la même.

Avant, je voyais la mort comme un passage obligé, et me faisais une raison. Il fallait l’accepter si elle devait me frapper ou emporter l’un des miens. Ce n’était qu’une question de destin. Et j’avais à l’époque la sagesse de relativiser sur le sujet. C’était la suite logique de la vie, sans âge minimum. C’était ainsi, c’est tout.

Puis je suis devenue maman. Et pour moi, la mort est devenue effrayante. J’ai maintenant peur de perdre mon fils, à chaque seconde. J’en mourrais de tristesse.
Mais j’ai aussi peur de partir en le laissant seul, dans ce monde de fous.
Si je ne suis plus là, qui pourra l’aimer comme je l’aime? Qui saura le réconforter comme je le fais? Le fait seulement d’y penser me rend malade. Et je suis sûre que vos parents se préoccupaient de ce même genre de problématiques, comme tous les parents.

Alors, quand j’ai entendu le terrible drame qui vous touchait, j’ai été bouleversée. Qu’allez-vous devenir ? Comment pourrez-vous vous reconstruire après avoir vu, de vos propres yeux, vos parents tués si froidement ?

Les enfants, soyez toujours soudés ! Toute votre vie ! N’oubliez pas que le même sang coule dans vos veines, celui né de l’amour de vos parents, Stéphanie et Eric. N’oubliez pas à quel points ils vous aimaient, et n’oubliez pas qu’ils ne sont pas très loin, veillant avec tendresse sur vous. Soyez forts, ils seront fiers de vous, j’en suis sûre. Tout parent est fier de sa progéniture. Vous étiez tout pour eux, désormais, vous devrez apprendre à vous battre seuls. Mais je sais que vous y arriverez ! Je vous fais confiance.

Mes chéris, j’aurais aimé être prêts de vous, et vous couvrir d’un million de bisous, vous aimer, et vous chérir. J’aurais aimé vous dire que ce n’est qu’un vilain cauchemar duquel vous allez vous réveiller. J’aurais aimé vous réconforter, vous rassurer, panser vos blessures.
Mais tout cela n’est pas possible. Alors, je me permets de vous adresser ces mots, à vous, que je ne connais pas, mais que je porte pourtant dans mon cœur. Vos parents ne seront pas oubliés, justice sera faite je l’espère , et vous grandirez avec ce sombre drame qui vous rendra tragiquement plus forts.

Les plaintes de vos parents n’ont pas été prises au sérieux, et il y a eu un réel manquement en terme d’assistance à personnes en danger. J’ose espérer que le bourreau prendra perpétuité. Mais la justice parfois m’inquiète…
Et aujourd’hui j’accuse.
J’accuse cette France qui fait du bruit pour des querelles sans importance entre des footballeurs, tandis qu’elle devrait protéger ses citoyens.
J’accuse cette justice prête à condamner de 10 ans de prison une femme battue tuant son mari après 40 ans violence, prête à condamner de 20 ans de prison un trafiquant de drogue, mais ne condamnant que de 5 ans de prisons (avec remise de peine pour bonne conduite) des pédophiles, violeurs ou tueurs.

Je ne trouve pas normal, impensable même, que de jeunes enfants innocents comme vous, puissiez avoir vécu une pareille horreur, une atrocité même. Cela n’aurait jamais dû arriver. Cet homme aurait déjà dû être derrière les barreaux dès la première menace. Alors j’espère ne plus jamais entendre pareille sordide histoire aux informations, j’espère que votre drame aura au moins servi à ça : prendre les plaintes au sérieux.

Je vous embrasse mes chéris, et pense très fort à vous, qui n’aviez rien demandé et ne méritiez pas ça. Car aucun enfant ne mérite de perdre ses parents…

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