Lettre à la vie, lettre à la mort

Cher Madame,
Cher Monsieur,

Il était 17h04 quand je suis sorti de Pôle emploi.
Il était 17h04 quand j’ai quitté mon domicile.

J’étais triste une fois de plus. On n’avait rien à me proposer. Et j’allais encore devoir lutter pour trouver de quoi nourrir ma famille.
J’étais triste une fois de plus. Je venais de me disputer avec mon compagnon, et cette fois, ça sentait la fin. On avait essayé plusieurs fois de recoller les morceaux, mais nous n’étions plus sur la même longueur d’onde…

Ma vie devenait un enfer, je me sentais en dessous de tout. Comment mon fils et ma femme ne pouvaient-ils pas avoir honte de moi, qui n’était même pas capable de les faire vivre correctement ?
Ma vie devenait un enfer, je me sentais incomprise. Comment lui faire comprendre que notre relation nous détruisait, alors que nous nous aimions tant ?

J’ai décidé de me changer les idées, et d’aller seul boire un verre. Je voulais réfléchir à ce qu’était devenue ma vie. Il était 17h06
J’ai décidé de me changer les idées, et d’aller seule m’asseoir sur un banc. Je voulais réfléchir à ce qu’était devenue ma vie. Il était 17h06

Je suis entré dans ce bar, me suis assis au comptoir, et j’ai commencé à boire. Les idées noires envahissaient mon cerveau, je n’étais pas bien. Il était 17h15
Je me suis assise dans ce parc que j’aime tant, et j’ai commencé à penser à lui. Les idées noires envahissaient mon cerveau, je n’étais pas bien. Il était 17h15

Je me suis pris la tête, plus d’une heure, essayant de trouver une solution à mes problèmes. Je continuais à boire vodka sur vodka. Il était 18h25.
Je me suis pris la tête, plus d’une heure, essayant de trouver une solution à mes problèmes. Toujours assise sur mon banc, malgré ce froid de Novembre. Il était 18h25

Après ma longue réflexion, je me suis dit que ma mort était la meilleure solution. Ma famille toucherait l’assurance-vie, et ça les mettrait à l’abri un bon moment.
Après ma longue réflexion, je me suis dit que la vie était trop courte pour ces querelles. Je ferais le premier pas vers lui, et nous essayerions de trouver des solutions tous les deux.

Que ne ferais-je pas par amour pour eux ? Ils étaient toute ma vie !
Que ne ferais-je pas par amour pour lui ? Il était toute ma vie !

Alors je me suis dirigé en titubant vers ma voiture garée à quelques pas de là. J’avais établi mon scénario de mort : j’irais m’écraser dans un ravin après avoir pris de la vitesse.  Il était 18h45 quand j’ai démarré la voiture.
Alors je me suis dirigée vers la maison, je n’aurais qu’à marcher 10 minutes pour le retrouver. J’avais établi mon scénario de réconciliation : j’irais me blottir dans ses bras tout simplement. Il était 18h45 quand je suis sortie du parc.

J’ai roulé, prenant de la vitesse. La pluie commençait à tomber, et l’alcool ingéré n’aidant pas, je voyais tout flou. Je pleurais de ce que je m’apprêtais à faire. Il était 18h47.
J’ai marché, d’un pas pressé. La pluie commençait à tomber et je voulais vite retrouver ma moitié. Je pleurais de peur qu’il ne veuille plus jamais me voir. Il était 18h47.

J’ai tourné dans la rue des Lilas, à fond la caisse. La rue était sombre, peu éclairée, et je roulais à une vitesse folle. Il était 18h48.
Je suis passée par la rue des Lilas, toujours aussi pressée. La rue était sombre, peu éclairée, et je m’étais mise à courir. Il était 18h48.

J’allais bientôt goûter à la mort. Ils me manqueraient, les deux amours de ma vie. Mais c’était mieux ainsi. Il était 18h49.
J’allais bientôt commencer une nouvelle vie avec lui, mon amour que j’aimais à mort. C’était mieux ainsi. Il était 18h49.

Je ne t’ai pas vu traverser. Je t’ai percutée de plein fouet. J’ai été propulsé hors de ma voiture, et toi, tu étais à terre, entourée d’une mare de sang. Il était 18h50.
Je ne t’ai pas vu arriver. Tu m’as percutée de plein fouet. Tu as volé hors de ta voiture, et moi, j’étais étendue au sol, mourant doucement. Il était 18h50.

Ma vie sur Terre est devenu enfer en te tuant. Je suis à l’hôpital, entouré des miens, tandis que les tiens te pleurent.
Ma mort sur Terre m’a amené droit au Paradis. Je suis dans le ciel, observant les miens qui me pleurent, et les tiens qui remercient Dieu de t’avoir épargné.

Je le sais, la vie est injuste. Tu es parti à ma place, me montrant à quel point la vie est courte et comme il faut profiter des gens qu’on aime. Je te demande pardon.
Je le sais, dans toute épreuve il y a justice. Je ne profitais pas des bonheurs de la vie, maintenant je n’en suis plus. Je te pardonne.

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