Lettre d’une femme Djihadiste

Cher Petit frère,

Tout a commencé il y 4 ans. J’étais une jolie jeune femme de 22 ans qui se cherchait. J’avais compris que peu d’hommes respectaient les femmes, alors j’ai fait comme eux, je les consommais comme si je mangeais des barres chocolatées. Et aussitôt que l’un ne me plaisait plus, c’est un autre qui comblait mes envies de femme boulimique.
Et pourtant, je me dégoûtais à en vomir…

Maman m’avait toujours dit que l’avenir me souriait, j’avais tout pour réussir : j’avais fait de brillantes études, j’étais issue d’une bonne famille, qui avait des terres ici et là, j’étais belle, j’étais drôle. Cependant, quelque chose me manquait…et je n’arrivais pas à savoir quoi.

Petit frère, ce monde, je ne le comprenais pas, et il ne me comprenait pas non plus.

Je n’étais pas heureuse, je ne trouvais pas de sens à ma vie. Et puis, par hasard, je suis tombée sur un article parlant du nombre grandissant de convertis à l’Islam. L’article s’inquiétait aussi de la montée de « l’extrémisme religieux ».
Alors je me suis questionnée : pourquoi tant de gens se tournaient-ils vers cette religion ? Qu’avait-elle à leur offrir de si incroyable ?

Ma vie était un véritable chaos à ce moment-là. Je sortais tous les soirs, buvais, me droguais, changeais d’hommes comme l’on peut changer de chemise.
J’avais tant de questions existentielles dans ma tête….mais personne pour y répondre. C’était donc dans la débauche que j’avais trouvé mon refuge. Bien loin de me rendre heureuse, cela me permettait le temps de quelques heures, d’oublier…oublier que je ne savais pas qui j’étais…

C’est donc naturellement que j’ai entrepris la lecture de ce Livre, celui-là même qui répondait aux questions de tellement de personnes. Qu’avais-je à perdre après tout ?

Mon frère, tu m’as vu…je suis restée recluse un bon moment, me nourrissant des mots de ce Livre que je trouvais si beau, que je trouvais si doux.
Plus je lisais, et plus j’avais faim de connaissances. Ce message d’amour, qui avait l’air de m’être directement adressée, me réchauffait le cœur. Jamais mon âme n’avait connu pareille sensation. Jamais mon esprit n’avait paru s’élever si haut.

Après des mois de lecture et de recherche, j’ai trouvé la réponse à mes questions, j’ai trouvé mon chemin : je voulais me convertir. Tout était tellement plus clair dans ma tête. Aimer son prochain, l’aider, respecter l’autre, et aimer Allah.
Oui, j’allais devenir soldat d’Allah, et j’en étais fière. J’allais délivrer son message de paix et d’amour, j’allais faire le bien autour de moi.

Mon frère, j’étais tellement heureuse d’avoir trouvé ma voie.
Maman, papa et toi ne m’avez pas comprise. Vous vous êtes demandés pourquoi j’avais choisi cette religion qui faisait si peur, qui vous faisait si peur. Vous n’avez pas compris pourquoi je voulais couvrir mes cheveux. Vous n’avez pas compris pourquoi je ne souhaitais plus manger de porc. Vous n’avez pas compris pourquoi, 5 fois par jour, je posais mon front contre le sol, rendant grâce à Celui qui avait changé ma vie et illuminé mon cœur…

Mon frère, au lieu de vous expliquer pourquoi j’avais fait ces choix, j’ai préféré m’éloigner de vous. Nous étions désormais trop différents. Vous me jugiez au lieu de vous réjouir de ce nouveau bonheur qui comblait ma vie.

J’étais désormais seule. Seule avec Dieu. J’ai vécu plusieurs mois dans la solitude, déterminée à changer le monde. Mais ce pays qui m’avait vue naitre, qui m’avait vue grandir, qui m’avait éduquée … ce pays ne voulait plus de moi. Ce pays avait peur de moi. Ce pays me rejettait. Je n’ai jamais compris ce qu’il craignait…

Et puis la solitude a commencé à me peser. J’assumais mes choix. Mais je devais sans cesse me justifier.
Mon frère, sais-tu seulement combien de fois je me suis faite agresser, pour seul motif que je portais le voile ?
Je n’en pouvais plus. J’avais d’un côté l’amour de Dieu qui me rendait heureuse, et de l’autre la haine humaine, qui m’attristait au plus profond de ma chair.

Alors, à travers les réseaux sociaux, j’ai cherché des gens « comme moi », des personnes qui aimaient Dieu plus que tout, des personnes qui voulaient se battre en son nom, pour faire régner la paix.
J’avais été seule trop longtemps, et mon cerveau, en contradiction avec le message que je souhaitais délivrer, était devenu rempli de haine.

Petit frère, je suis devenue folle. La France m’avait trahi. Je lui en voulais. Et je vous en voulais, à vous, ma propre famille, qui aviez été incapable de me comprendre et m’accepter.
Alors je suis entrée en contact avec ces hommes et ces femmes, rejetés de la société, et partis faire le Djihad. Je voulais en être. Je voulais que la France paie pour m’avoir mise de côté…non pas au nom d’Allah, mais au nom de ma haine.

Petit frère, je savais que ce que je m’apprêtais à faire n’était pas bien. J’avais pété un câble. Allah ne voulait pas la guerre. Mais je la voulais. Je ne suis qu’un être humain après tout.
Je n’ai jamais assimilé mes gestes à l’Islam, car être musulman, ce n’est pas être terroriste. J’ai appris à me battre, et à confectionner des explosifs. Je ne rêvais plus d’amour, je rêvais de haine. Je rêvais de vengeance. J’imaginais, comme une psychopathe, la cervelle de chaque personne qui m’avait fait du mal sauter.

Petit frère, dans un éclair de lucidité, j’ai compris que j’étais à nouveau dans le faux. La folie avait pris le pas sur la raison, ma haine avait pris le pas sur l’amour auquel j’aspirais tant.

Petit frère, je rentre en France. Je t’en supplie, sois là pour m’accueillir, et m’aider à reprendre une existence normale, entre l’amour d’Allah, et celui de ma famille.

S’il te plaît, ne me juge pas. On nous appelle les fous d’Allah. D’Allah, certainement pas puisque nous executons le contraire même de ses préceptes , mais fous.. assurément…

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