Lettre à maman du paradis

Ma chère petite maman,

Désormais, plus rien ne sera comme avant. Désormais, nos vies sont bouleversées à jamais

Maman, vendredi, je suis sortie faire la fête avec mes amis. C’était l’anniversaire de ma petite copine, Anna. Nous allions fêter ses 18 ans.

Maman, avant de partir, nous nous sommes disputés. Tu ne voulais pas que je sorte, tu avais un « mauvais pressentiment ». Ce mauvais pressentiment, maman, s’appelle l’instinct maternel je crois.

Maman, je ne t’ai pas écouté. J’avais promis à Anna d’être présent. Et puis, il y avait Max qui devait nous rejoindre. Tu sais, mon ami d’enfance, qui est parti vivre avec ses parents à l’autre bout du monde. Ça faisait 3 ans que nous ne nous étions pas revus. Et puis, il y aurait aussi Paul, Samia, Alex, Céline, Antoine, Agathe, Moussa, Fatou et Tom. La bande entière réunie !

Maman, cette soirée promettait d’être…de la bombe !
Nous avions prévu d’aller d’abord manger dans ce restaurant que j’aime tant, le petit Cambodge, avant de finir la soirée en boîte de nuit.

Mais maman, si je dois être honnête, même si j’étais excité de la soirée qui m’attendait, j’étais pourtant triste. Je déteste me disputer avec toi.
Maman, tu le sais et tout le monde le sait, notre relation est fusionnelle. Tu m’as élevé seule, car papa n’a pas eu la chance de vivre assez longtemps pour croquer avec nous la vie à pleines dents. Tu m’as donné ton sein, tu m’as donné ton temps, tu m’as donné ton courage, tu m’as donné ta confiance. Maman, tu m’as donné ton amour, surtout.

Maman, je suis tout pour toi, tu es tout pour moi.

Maman, plus qu’une mère, tu es aussi une amie. Quand je ne vais pas bien, c’est sur ton épaule que je pose ma tête et pleure doucement. Quand je suis heureux, tu es la première à te réjouir pour moi.

Maman, nous étions tranquillement installés en terrasse et n’en étions encore qu’à l’apéro. Nous étions en train de trinquer en l’honneur d’Anna, quand nous avons entendu une détonation.

Maman, je n’ai pas eu peur. Je pensais que c’était un pétard. Anna, elle, a eu très peur et a crié, de sursaut j’imagine.
Nous avons tous instinctivement tourné la tête en direction du bruit que nous venions d’entendre, et nous l’avons vu.
Cet homme…de son physique je ne retiens que ses yeux.

Maman, ses yeux…son regard… il était perçant. J’y ai lu une haine que jamais je n’avais pu voir ailleurs auparavant.
Mon sang s’est glacé quand nos regards se sont croisés. J’ai senti la mort arriver avant même de voir la kalach qu’il tenait.

Maman, j’ai senti une main. Celle d’Anna probablement. Dans une panique confuse, tout le monde s’est levé et a commencé à crier. Je tenais toujours cette main.
Et puis soudain, une nouvelle détonation.
Cette fois j’avais peur, maman. La main que je tenais a soudainement perdu vie, et j’ai senti le corps s’écrouler.

Maman, j’ai eu une demi-seconde d’hésitation. Je voulais m’arrêter dans ma course effrénée et relever Anna, si c’était bien elle, l’aider à s’enfuir avec moi.

Maman, c’est cette demi-seconde qui m’a été fatale.
Comme au ralenti, j’ai entendu le bruit d’un nouveau tir. J’ai levé les yeux,et j’ai vu cette balle arriver droit sur moi, droit sur ma tête.

Maman, avant que cette balle ne pénètre ma cervelle, j’ai fermé les yeux et c’est à toi que j’ai pensé.
Je me suis dit qu’il te faudrait être forte, pour affronter ce monde de fous désormais seule. Je me suis dit que plus jamais je ne pourrai te dire à quel point je t’aime. Je me suis dit que je ne t’avais même pas serré dans mes bras avant de quitter la maison, ce soir-là. Je me suis dit que la vie était dure avec toi, après t’avoir enlevé ton mari, elle allait t’enlever ton fils, ta chair, ton tout.

Maman, j’ai aussi eu le temps de me sentir coupable. C’est à cause de moi que nous sommes venus dans ce restaurant. Mes amis allaient-ils avoir plus de chance que moi? Jamais je ne le saurai, maman. Je me suis aussi senti coupable de t’abandonner, et de te causer le plus grand chagrin qu’il est possible d’imaginer : la perte de son enfant.

Maman, je me suis dit que j’aurais mieux fait de t’écouter, et à ce titre, j’aurais du faire confiance à  ton instinct, celui qui est infaillible, celui d’une mère tout simplement.

 

Maman, je t’aime et te demande pardon. Tu es la meilleure maman qu’aucun enfant ne pourra jamais avoir. Sois forte et continue à profiter de la vie, comme je l’aurais fait.

 

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