Cette nuit-là

Cette nuit-là comme chaque nuit depuis que je suis arrivée, j’ai peur. Je sais qu’il va entrer dans ma chambre d’une seconde à l’autre. Je sais que je ne dirai rien. Je sais que je prierai pour que quelqu’un nous surprenne et me sorte de là. Mais je sais que ça n’arrivera pas.

Cette nuit-là comme chaque nuit depuis que je suis arrivée, je me sens terriblement seule.
Il va venir, je le sais, et je me tairai…encore.

Cette nuit-là comme chaque nuit depuis que je suis arrivée, il commencera par allumer la télévision, il prendra son temps, et c’est seul que je l’entendrai grogner de plaisir tandis que je ferai semblant de dormir. Puis il viendra me réveiller et prendra satisfaction à toucher mon corps tout tremblant, à en caresser ses endroits les plus intimes. Il se délectera de me voir impuissante, incapable même de le repousser. Il jouira de me contrôler, d’être le maître, d’être le tout-puissant, celui à qui on ne refuse rien.

Oui, car il le sait, cette nuit-là comme chaque nuit depuis que je suis arrivée il détient le pouvoir absolu. Mon sang se glace dès qu’il pénètre dans cette pièce sombre et plus aucun son ne peut sortir de ma bouche.

Et le lendemain comme chaque matin depuis que je suis arrivée, je ferai comme si de rien n’était. Je ne dirai mot. Je me laverai. Encore et encore. Mais je continuerai à me sentir sale. Alors je frotterai ce corps de jeune fille. Je le frotterai sans relâche, sur chacune des moindres parcelles qu’il aura touché. Et je me sentirai coupable. Coupable de n’avoir pas sû dire non. Coupable d’enfouir ce secret au fond de mon coeur. Coupable de n’avoir réussi à crier au scandale. Coupable d’avoir été lâche. Coupable de n’avoir su le repousser. Coupable d’être salie à jamais.

Et ce matin, comme tous les suivants de ma vie depuis ce jour-là, je me sentirai détruite de l’intérieur.

Et ce jour, comme  tous les jours de ma vie depuis ce jour-là, je me questionnerai : A qui la faute? Suis-je coupable? M’aurait-on seulement écoutée si j’avais eu l’audace d’en toucher mot?
Mais comme tous les jours, depuis ce jour-là, je serai souriante, et ne montrerai rien. Ma tristesse, ma peine et mon traumatisme seront enfoui à jamais à l’intérieur de mon cœur, à l’intérieur de mon corps…ce corps qu’un homme de 10 ans mon aîné a souillé, du haut de mes 14 ans…

Et cet homme…cet homme dont une partie du sang coulant dans ses veines se trouve être le même que le mien.

Cet homme que ma famille continue à aimer sans se douter qu’il a été mon bourreau ce jour-là, cette nuit-là…ces moments-là qui m’ont paru durer une éternité.

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