Il est là…

Il est là. Comme tous les matins. Assis sur le même siège, portant les mêmes habits. Ses yeux croiseront les miens, et j’oserai un timide sourire. Puis je m’engouffrerai dans le métro bondé, à la hâte. Mes yeux resteront accrochés aux siens jusqu’à ce que le quai soit hors de ma vue.
Puis je fermerai les paupières, le cœur serré. Je penserai à lui. Je me demanderai à quoi il a pensé en me regardant. Puis je me demanderai ce qui traverse son esprit tous les jours, lorsqu’il est là, le regard vide, assis sur son siège. Et mon cœur deviendra plus serré encore. Je retiendrai mes larmes, comme je le fais chaque fois.
Ce matin encore, j’aurai mal. Pas le mal « ça me fait de la peine ». Non, le mal, le vrai. Celui que vous sentez parcourir chacune des cellules de votre corps. Celui qui vous transperce au plus profond.

L’histoire se répètera tous les jours de la semaine. Et durant mes journées, j’aurai souvent une pensée pour lui. Comment s’appelle-t-il ? Comment en est-il arrivé là ? Où est sa famille ?

Je l’observerai tous les matins, comme pour percer ses plus sombres secrets.
Sa carrure est impressionnante, intimidante même. Il est grand et robuste. Son visage est doux, il a des traits enfantins cachés sous une grosse barbe. Mais son regard…son regard est totalement vide.
Ses yeux semblent s’être perdus dans ce monde de fous. De temps en temps, ils suivent une personne qui passe. Puis ils se perdent à nouveau … J’aimerais tant savoir ce qu’il se passe dans sa tête.

C’est d’ailleurs pour cela qu’il m’en a fallu des semaines pour oser lui sourire. C’était pourtant si bête. Vraiment pas grand-chose en somme.
Mais j’avais peur. Peur de sa réaction. Après tout, est-il dans son état normal quand je le vois ? Et si c’était un fou dangereux ?
Finalement, j’ai franchi le cap. A travers la vitre du métro la première fois. Il est resté dubitatif.
Puis le lendemain, il m’a rendu mon sourire. Et son visage est devenu plus doux encore.

C’est devenu notre rituel, chaque matin, je lui souris, chaque matin, il me sourit en retour. Je le sais, c’est sûrement le meilleur moment de sa triste journée.
Les gens qui passent ne semblent même pas le voir. Ou alors préfèrent l’ignorer.
J’aimerais tellement crier ma peine. Les secouer les uns après les autres et leur expliquer qu’un sourire ce n’est pas grand-chose. Mais je reste silencieuse. Qui suis-je, moi, pour faire la morale ?
Je voudrais faire quelque chose. Lui prendre la main, lui dire que je vais l’aider, qu’ensemble, on va trouver des solutions pour qu’il s’en sorte. Mais je ne fais rien. Je suis lâche. J’ai peur, et je ne sais même pas de quoi.

Oui, il n’a pas d’argent. Oui, il est noir de saleté. Oui, son odeur est écœurante.
Mais cela en fait-il un monstre ? Certainement pas !
Les monstres sont ceux qui ont un regard méprisant envers lui.

Alors désormais, je me sens investie d’une mission. Laquelle exactement? Je ne saurais le dire. Mais je l’aiderai car la vie a-t-elle réellement du sens si l’on n’aide son prochain ?

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